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lundi 9 janvier 2012

Fadi

Pour nos derniers jours en Jordanie, nous avons rencontré Fadi, père de famille et représentant de la communauté chrétienne de Jordanie.

Rencontré par Couchsurfing et recommandé par notre précédent contact, Naël, qu'il a connu lors de son cursus de guide touristique nous avons été accueillis très généreusement par cet homme très intéressant. Dès notre première visite, il nous a gratifié de friandises préparées par son épouse pour Noël :
 - "Merci, les biscuits sont vraiment délicieux"
 - "Tenez, je vous donne un peu de Bayleys maison avec, ça passe très bien"
 - "Mmhh délicieux. C'est vrai, on avait oublié que seuls les chrétiens pouvaient boire de l'alcool ici"
 - "Qui a dit ça ? Vous savez, le liquor shop en bas, s'il n'avait que des chrétiens comme clients, ça ferait longtemps qu'il aurait mis la clé sous la porte !"

Après une carrière dans la police et l'armée, en tant que logisticien et responsable informatique et sécurité, il a décidé de suivre la formation de guide touristique d'état pour se lancer dans une seconde carrière. Son projet est de se spécialiser dans les pèlerinages, car l'histoire des religions le passionne.

Beaucoup de discussions culturelles et historiques, et ça nous a fait plaisir d'avoir l'avis d'un jordanien issu d'une "minorité" (il y a environ 6% de chrétiens en Jordanie), qui heureusement semble parfaitement intégrée et tolérée ici, ce qui n'est pas le cas chez le voisin égyptien par exemple.

Et quel accueil chaleureux ! Fadi nous a copieusement nourri, allant jusqu'à nous apporter thé et gâteaux dans notre chambre pour taper le discute, sans parler des petits déjeuners qu'il nous a montés. Pour notre dernière journée, il nous fallait prendre les services d'un guide-chauffeur pour visiter les alentours de Madaba. Notre choix s'est donc naturellement orienté vers lui, et nous n'avons vraiment pas été déçus.

Vraiment une super rencontre qui nous a fait beaucoup de bien pour nos derniers jours de voyage. Merci Fadi !



Fadi est à gauche sur la photo. A droite, c'est un bédouin qui gardait le canyon qu'il nous a fait visiter. thé à la menthe en prime.

 - "Vous ne trouverez pas de gens plus généreux et accueillants que les bédouins dans ce pays".

lundi 2 janvier 2012

Les maîtres du désert

Quand on l'a vu arriver avec ses grosses Ray-Ban, je me suis dit que ce bédouin-là allait nous faire le show qu'il avait du déjà éprouvé maintes fois à de petites touristes "tu vois, les hôtels 5 étoiles c'est pas assez pour moi. Moi je t'offre des nuit sous des millions d'étoiles...". Oui, j'ai parfois le préjugé facile en cette fin de voyage, et je n'en suis pas fier.

J'en suis d'autant moins fier que la plupart de temps, je me plante complètement sur la première impression que me laissent les gens, et cette fois-ci en fut un exemple supplémentaire.

Dès le premier soir, Salam nous a expliqué avec passion son amour pour le désert, les chameaux, la vie au milieu de cette nature qui lui plait malgré son côté sédentaire que l'histoire a imposé à la plupart des bédouins de Jordanie.

"On vit quand même beaucoup mieux que nos ancêtres. La vie est moins dure maintenant, grâce au tourisme qui nous apporte le confort que nos aïeux n'ont pas connu."

Soirées au coin du feu, dans son camp ou à la belle étoile, discussions sur son pays, sa religion, le désert, les touristes, et sa très nombreuse famille (il a 7 sœurs et 8 frères je crois, et son père a deux femmes). Beaucoup de bons moments avec ce type très cool, mais très attentionné et apparemment vraiment passionné par son désert, dans lequel il n'a pas pu s'empêcher de retourner le dernier soir, nous laissant sa maison vide pour la nuit, et nous offrant à diner dans la maison de ses parents, en compagnie de ses charmantes et très joyeuses frangines, avec qui nous avons passé un super moment pour terminer ce séjour chez les bédouins du Wadi Rum.





lundi 26 décembre 2011

Quelques jours chez le père Naël...

Ca faisait bien longtemps que nous n'avions pas fait un petit couchsurfing. A Amman c'est Naël qui nous a accueilli avec beaucoup de gentillesse pendant 3 jours. Cafés, narguilés, discussions (en français s'il vous plait) sur la Jordanie, le tourisme et plein d'autres sujets ponctuèrent notre séjour chez ce guide touristique d'une trentaine d'années, d'origine palestinienne comme plus de 30% de la population du pays.

(Désolé, je n'ai que la photo de son profil couchsurfing...)

Naël hibernait un peu après quelques difficiles semaines d'examens scolaires, qui lui permettront on l'espère de décrocher le précieux diplôme de guide touristique officiel. Nous avons toutefois bravé ensemble le froid hivernal pour aller nous réchauffer plusieurs soirs dans son café favori, au son de l'oud et avec quelques douceurs jordaniennes, et en compagnie de quelques-uns de ses amis.




Merci à lui pour son accueil et ses conseils !

jeudi 22 décembre 2011

Curly, le barman-crooner

Pour notre dernière soirée au Sri Lanka, nous sommes retournés à Negombo, histoire de profiter une dernière fois de l'ambiance plage et poisson grillée que nous avions bien appréciée. En passant devant les quelques restaus du quartier touristique, une figure familière nous fit un grand sourire.

"Je savais que vous reviendrez dans mon restaurant", nous dit Curly, chez qui nous avions diné trois semaines plus tôt en arrivant ici. "Je ne vous ai pas dit de venir dans mon resto, je ne vous ai pas montré le menu comme les autres, alors j'ai su que vous reviendriez". Il est vrai qu'au souvenir de son "cocktail maison secret" qui nous avait bien plu la première fois, il en fallait peu pour nous repousser sur le bord de con comptoir.

On a passé une super soirée avec ce gars, barman mais surtout chanteur de bal, un grand sentimental et fan de Bollywood (logique). Une très bonne fin de soirée, fin de voyage au Sri Lanka qui nous propulsa dès le lendemain à 4 heures du matin vers notre dernière étape de l'année : la Jordanie.



Merci à Curly pour ces bons moments, on espère qu'il trouvera succès artistique et sentimental...

dimanche 27 novembre 2011

Malti

Pour notre escale à Orchha, nous avons opté pour une formule de logement un peu particulière, puisqu'il s'agissait d'un logement chez l'habitant proposé par une ONG locale, "friends of Orchha". Le concept est simple, c'est une genre de chambre d'hôtes dans une famille au cœur d'un petit village rural.

Comme souvent en ce moment, l'expérience n'avait pas très bien commencé. Pour une question de mauvaise compréhension mutuelle avec le contact de l'association que nous avions appelé, nous sommes arrivés une station de train trop loin et avons été obligés de rebrousser chemin en rickshaw sur 25 km pour finalement arriver vers 22h, fatigués, frigorifiés (il caille dans les plaines du centre en cette saison), et passablement énervés.

Et puis Malti nous a accueilli avec un immense sourire qui a tout de suite effacé nos soucis de la journée. Ne vous fiez pas trop à la photo, vous savez maintenant que les indiens ont la pose sérieuse facile dès qu'ils voient un appareil. En vrai elle sourit plus encore.


Malti nous a accueillis au sein de sa famille avec son mari et ses 3 garçons. Elle a 26 ans, travaille aux champs pendant que son époux bosse en tant qu'électricien/réparateur (d'après ce que j'ai compris). Mais elle s'occupe aussi du foyer, des enfants qui ont entre 5 et 10 ans, et de la chambre d'hôtes, ce qui représente en tout une somme de travail considérable, un boulot à plein temps de 5 heures du matin à 22 heures le soir (on a compté). Entre nos visites des monuments de la ville d'Orchha voisine, nous avons passé un peu de temps avec cette femme très touchante avec qui on a beaucoup ri, et qui nous a fait beaucoup réfléchir aussi, notamment sur les conditions de vie des femmes en Inde. Vaste sujet.

L'un des buts de l'association étant de faire participer les touristes à la vie de la famille d'accueil, nous avons plutôt bien joué le jeu, entre la partie de cricket, l'observation des devoirs scolaires dans la cour de la maison avec les voisins, la corvée d'eau au puis du coin et un petit cours de cuisine le soir avec préparation d'un curry et des traditionnels Chapatis.












La chambre d'hôtes, construite par l'association dans la cour de la maison était jolie, propre et assez confortable par rapport à ce qu'on avait trouvé depuis quelques semaines en Inde.



La pièce commune de la maison, servant de cuisine/salle à manger/chambre des parents et des enfants/débarras.


Accueillis avec une grande générosité par cette merveilleuse femme courageuse et chaleureuse, nous avons ressenti un vrai blues en la quittant.

Avant de partir elle nous tend le livre d'or dans lequel signent tous ses hôtes. Elle ne pourra cependant jamais le lire, puisqu'elle n'a pas eu la chance d'aller à l'école. Parmi les commentaires toujours élogieux des précédents visiteurs, certains se félicitaient d'avoir découvert grâce à l'association "la vraie Inde", de "vrais gens" ou une "vraie famille". Personnellement je pense que cet aspect de l'Inde n'est ni plus vrai ni moins vrai que les riches familles de Delhi, les stars de Bollywood, les prêtres de Bénarès, les passagers du Jalgaon-Delhi, les vendeurs de bibelots d'Agra ou les mendiants de Calcutta. La facette rurale de l'Inde que nous avons découverte en compagnie de Malti est un des nombreux visages d'une Inde profondément disparate et plurielle qu'il faudrait plus d'une vie pour explorer, et encore plus pour comprendre. Mais ce qui est certain est que nous avons pris un "vrai" plaisir à partager ces 2 jours en sa compagnie, et que cette rencontre nous a marqués pour longtemps.


Une fois de plus nous adressons un immense merci à Malti et à sa famille.

lundi 21 novembre 2011

Encore une histoire à dormir debout

Bénarès est sans doute la capitale des illuminés, qui semblent s'y retrouver tant pour le caractère sacré de la ville que par attirance pour leurs semblables.

Parmi tous ces prêtres hindous, ces astrologues, ces charlatans qui veulent vous bénir ou vous gratifier de bracelets sacrés moyennant finances, et ces voyageurs venus de tous horizons pour se prendre un shoot de spiritualité indienne (parfois assistés par la chimie moderne ou d'autres produits agricoles plus ancestraux), nous avons jeté notre dévolu sur un personnage qui a attiré notre curiosité.

Lorsqu'au détour d'une de nos ballades sur les gaths nous apercevons un sadhu sous le porche d'un petit temple, accoudé à un genre de petite balançoire qui lui arrive au milieu du torse, j'explique à ma compagne qu'il me semble avoir lu que certains ascètes indiens pouvaient rester debout de la sorte pendant plusieurs mois sans jamais s'allonger. Se prenant d'une envie irrésistible d'aller interroger ce sage aux dread-locks qui lui tombent jusqu'aux chevilles, nous nous dirigeons vers lui et tentons d'entamer la discussion.

L'exercice sera difficile, malgré la gentillesse et la patience (tu m'étonnes...) du "saint homme", car il ne parle pas anglais, et nous encore moins l'hindi. A force de gesticulations et avec l'aide d'un indien qui connaissait quelques mots d'anglais, nous avons réussi à en savoir un peu plus sur le dénomé "Manatyagi Munindrdas Maharaj". L'homme est effectivement un ascète hindou qui parcours le pays et dispense ses enseignements au gré de ses voyages. Il nous présente quelques photos de ses différentes aventures et rencontres, parmi lesquelles quelques français, probablement rencontrés dans un ashram de l'état du Gujarat qui semble être sa résidence lorsqu'il ne voyage pas. Le truc le plus dingue c'est que notre traducteur de secours nous explique que le sage ne s'est pas assis ni allongé depuis 18 ans ! "La nuit, il ne dort pas, mais se repose en s'appuyant les coudes sur la petite balançoire". N'en croyant pas nos oreilles, on se fait confirmer l'information 3 fois par l'indien et par le sadhu lui-même... J'ai toujours du mal à comprendre comment c'est possible, mais au pays des vaches sacrées, tout peut arriver non ?


L'indien qui nous a aidé à la traduction nous explique alors que nous avons vraiment en face de nous un saint homme, un vrai et que celui-là contrairement à plein d'autres ne nous demandera pas un centime. Par esprit de contradiction, et parce que sa tête nous revient bien, nous tentons d'expliquer que nous pouvons lui laisser un petit quelque chose pour qu'il puisse au moins s'acheter à manger. Il refuse notre offre calmement et sort de son petit sac quelques friandises qu'il nous tend à son tour... Nous imitons le compère autochtone et acceptons le cadeau, une sorte de boulette très sucrée façon pâtisserie arabe, avec un arrière gout de coco et de monde à l'envers...



Après quelques belles minutes passées en sa compagnie, nous quitterons ce personnage souriant et intrigant avec plus de questions que de réponses, mais ça, on finit par s'y habituer en Inde...

jeudi 20 octobre 2011

Les papys de la francophonie

Un peu partout au Laos nous nous sommes fait aborder à plusieurs reprises par de petits pépés qui nous parlaient immédiatement dans un français souvent excellent, héritage de la colonisation.

A chaque fois l'échange fut sympathique, cordial, parfois amusant et même émouvant.

Parmi ces rencontres, nous sommes tombés sur 3 papys particulièrement intéressants à Thakaek et Savannakhet :

Un grand père de 70 ans qui nous a expliqué le rite religieux que tout le village s'employait à préparer pour le soir même :



Lors de la visite d'un temple chinois, notre guide improvisé qui avait servi dans l'armée française en Indochine nous a raconté un peu son parcours : "J'ai sauté sur Dien Bien Phu vous savez, et ai même été blessé par balles par la suite au Vietnam [il nous pointe son épaule du doigt]. Après la guerre je suis devenu professeur, et me voilà à la retraite maintenant, je vis dans un petit appartement derrière l'école qui est financée par les chinois. Les chinois vous savez ils rachètent tout ici... Malheureusement, la France ne nous a jamais versé de pension ni de compensation pour nous autres qui avions combattu pour elle. J'ai quand même réussi à toucher un chèque de 300 € il y a quelques années."

Et puis nous sommes tombés par hasard sur le tournoi de pétanque de l'amicale lao-vietnamienne. Ca jouait plutôt pas mal, et nous avons eu droit à un accueil chaleureux et des commentaires savoureux de notre hôte francophone (chemise noire rayée), qui riait notamment de l'état éthylique avancé de l'arbitre (celui en t-shirt noir)...









samedi 15 octobre 2011

L'adresse de Tinay

Une fois de plus nous continuons nos expérimentations gastronomiques et partons investiguer un peu la scène gourmande de Vientiane. En dehors de ces nombreux et parfois excellents cafés, quelques boulangeries / pâtisseries tout à fait respectables, nous tombons une fois de plus sur des restos français. Après avoir essayé un déjeuner au Vendôme, "sans doute le moins cher des restaurants français du monde" selon le Lonely Planet (2€ le plat le midi, 4,50€ un menu entier, et c'était de la bonne bouffe de brasserie pas mal du tout), nous montons en gamme le soir avec "l'adresse de Tinay".

Super adresse que nous recommandons pour sa cuisine simple mais très bien réalisée (meilleur rapport qualité prix qu'à l'éléphant de Luang Prabang). Etant les derniers à dîner pour cette soirée, nous avons prolonger la soirée avec le couple de gérants, qui nous ont vraiment passionnés.


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Tinay est un français de parents Laotiens. Passionné de cuisine, il en a fait son métier et a exercé ses talents quelques années en France avant de venir tenter l'aventure au Laos, avec Delphine sa pétillante épouse venue de Toulouse (si j'ai bien reconnu le maillot de rugby au mur). A eux deux ils tiennent une jolie affaire, lui derrière les fourneaux avec son équipe, et elle en salle avec ses serveuses. Une fois les derniers clients partis, nous sommes restés un long moment (autour d'une petite bouteille de limoncelo maison, miam)  pour discuter de cuisine, de leur aventure ici, du Laos et de la mentalité de ses habitants, manifestement pas facile à gérer dans le travail au quptidien.




Au rayon coutumes locale, ils nous ont aussi parlé de cette habitude étonnante qu'on les Laotiens de composer des numéros de téléphone au hasard pour faire connaissance et tapper la conversation avec de parfaits inconnus. Les possesseurs de portables reçoivent apparemment des coups de fils plusieurs fois par semaine, et le pire, c'est que ça a l'air de marcher (quand ils ne tombent pas sur des patrons de restaurant qui ont autre chose à faire que de bavarder toute la journée au téléphone). "En l'espace de 5 ans les gens se sont retrouvés avec la télé, le satellite, internet et les téléphones portables, alors ils ne savent pas très bien comment gérer tout ça, et ça donne ce genre de pratiques complètement bizarres."

mercredi 5 octobre 2011

Fabrice, bijoutier à Luang Prabang

Fabrice est un français installé au Laos depuis 9 ans. Il en parle couramment la langue, connait très bien le pays et est incollable sur sa culture ethnique.

Ingénieur mécanique de formation, il s'est reconverti dans la fabrication de bijoux, talent qu'il tient de sa mère. Et quand on ajoute ce talent à un esprit d'ingénieur passionné de mécanique et de fabrication, ça donne de superbes créations.



Passionné par son métier, il est intarissable et super bavard. En deux visites nous sommes restés en tout plusieurs heures dans son magasin, d'abord pour jeter un œil à ses très belles créations inspirées de l'artisanat des minorités ethniques, et ensuite pour tchatcher avec ce vrai personnage sympathique et haut en couleurs. Pierres semi-précieuses, ésotérisme, mécanique et procédés de fabrication, commerce et business au Laos, culture, tous les sujets y passent, on s'est régalés.

Citations (approximatives, je n'ai pas une mémoire à ce point aiguisée) :

"Tu vois ce motif là, c'est un truc super simple. Un jour une nana a cousu ça sur des couvertures, et l'a mis sur le marché. Toutes les autres se sont foutues de sa gueule parce que le dessin était vraiment trop simple par rapport à la complexité et au travail qu'elles recherchent dans les ethnies. Et puis elle en a vendu 20 des couvertures, parce que les touristes qui passaient se disaient que ça faisait ethnique, mais pas trop non plus, alors qu'ils pouvaient mettre ça dans leur salon. Depuis on trouve ce dessin sur tous les étalages, il a rien d'ethnique en fait, mais on donne aux gens ce qu'ils veulent..."

"Ça c'est un bijou que je vendrai jamais, il est trop cher parce qu'on a tout fait en argent et que la construction est super complexe. Mais bon, le magasin s'appelle "Naga créations", donc le but c'est pas seulement de vendre à la pelle des trucs que tout le monde saurait faire, faut savoir s'amuser aussi"

"Tu vois ce pendentif là [il me montre un gros pendentif en bois, serti d'une petite plaquette argentée], ben c'est typiquement le truc que je vends à ta prof d'histoire-géo".

"Je fais quand même un métier dingue, je passe mon temps à créer et à vendre des bijoux. Y a pas plus inutile comme objet finalement, et je gagne ma vie avec ça."

"Trip Advisor c'est un truc de fou. Tu vois, avant, les backpackers ils arrivaient, ils se pointaient devant un restaurant avec le guide du routard sous le bras, et se disaient que si le resto n'était pas dans le guide, c'est qu'il ne devait pas être terrible, mais ça ne les empêchait pas de tenter leur chance parfois. Maintenant, les petits backpackers ils arrivent avec leur petit chapeau et leur iPad sous le bras, et ils cherchent les endroits recommandés sur Trip Advisor. Mais imagine un gars venu tout droit de l'Oregon pour ouvrir un resto pas terrible à Luang Prabang. Le type va se retrouver avec plein d'avis positifs, et son resto sera super bien placé dans la liste des restos ici, même si comme par hasard 100% des commentaires viennent... de l'Oregon.... Le site web du Lonely Planet s'est mis à faire tout noter par les internautes aussi, et par exemple mon magasin se trouve au 63ème rang des activités à faire à Luang Prabang, ça n'a aucun sens."

Si vous passez un jour à Luang Prabang, vous tomberez forcément devant une des deux boutiques de Fabrice, "Naga Créations". Si ça vous intéresse, passez la tête dans son atelier, vous ne serez pas déçus.

"Mon", tisseuse katu

A Luang Prabang, nous sommes allés visiter une fabrique de textiles traditionnels : "Ock Pop Tok", qui est en fait un concept de commerce équitable destiné à promouvoir l'art textile laotien. Dans un cadre superbe (bords du mékong, maison sur pilotis, jardin botanique, etc...), cette société a installé un restaurant, un magasin  et quelques chambres d’hôtes très "magasine déco" auprès de leur atelier.

Vous imaginerez facilement que ce genre de concept est taillé sur mesure pour une clientèle féminine occidentale, façon "j'adore porter une petite touche ethnique sur moi, d'ailleurs ils disent que c'est hyper tendance dans Cosmo le commerce équitable...".  Moi j'ai quand même passé un bon moment (fascinant le fonctionnement d'un métier à tisser).



Ca c'est du thé aromatisé à la crotte de ver à soie. Fallait que j'essaye ça... j'ai essayé...

Parmi les artisans qui  travaillent dans ce centre, nous avons fait la rencontre de Mon, 19 ans, venue ici depuis le Sud du pays, où elle a appris l'art très particulier des tisseuses de l'ethnie Katu, dont elle est originaire.


Orpheline dès son plus jeune âge, elle a été élevée avec ses (nombreux) frères et sœurs dans la tradition Katu, jusqu'à ce qu'elle décide toute seule d'aller tenter sa chance à Luang Prabang, "pour changer de vie et m'ouvrir de nouvelles opportunités". Ici elle a trouvé un emploi stable, et elle bénéficie d'un logement sur place et de cours d'anglais payés par son employeur. Après 9 mois de cours, le moins qu'on puisse dire est qu'elle se débrouille super bie. A chaque expression qu'elle ne comprenait pas, elle sortait sa petite feuille et son crayon et me demandait d'écrire les phrases pour questionner sa prof le lendemain.

Nous sommes restés presque une heure à discuter avec cette fille assez timide et très intelligente qui nous a énormément touchés. Je ne vous ferai pas le récit de sa vie qui est pour le moins triste, mais elle garde une étonnante joie de vivre et une grande vivacité d'esprit qui nous a étonnés. Actuellement elle aimerait faire des études pour changer de métier, mais manque d'argent, et surtout de confiance en elle.

On ne la connaissait que depuis une heure, mais au moment de la quitter ça a été une vraie séparation pour nous.



Pour les fans d'artisanat textile (allez, soyez pas timides les gars !), sachez que les pièces que nous fait la petite Mon sont vraiment étonnantes, car elles sont ornées de petites perles qui ne sont pas brodées sur le tissu, mais bien insérées directement dans la trame, sur chaque fil indépendamment avant le tissage, ce qui rend le travail hyper complexe. Le rendu est très beau, et grâce à cette technique l'endroit et l'envers sont identiques.

vendredi 16 septembre 2011

Un après-midi avec les moines

Alors que nous effectuons la tournée des temples dans le quartier de Mandalay Hill, nous nous faisons aborder comme souvent par 2 moines assis devant une statue de Bouddha, à l'intérieur d'une jolie pagode.

Après les habituelles séries de questions birmanes, les 2 compères entament un peu plus la discussion. Nous saisissons l'occasion pour en savoir un peu plus sur eux :
 - Et toi, comment es-tu devenu moine ?
 - A l'âge de 11 ans je me suis senti vraiment intéressé par les enseignements de Bouddha, alors j'ai dit à mes parents que je voulais devenir moine, que je voulais revêtir l'habit ocre. Au début ils étaient un peu surpris, je suis le seul moine de ma famille, et puis après ils ont compris. Maintenant j'enseigne à de jeunes novices les préceptes du bouddhisme, et de temps en temps je fais un peu la leçon à mes parents aussi...



En fait je suis un peu honteux après coup. Honteux d'avoir gardé une bonne partie de l'après-midi une petite arrière pensée méfiante vis-à vis de ces 2 gars sympas qui nous ont spontanément proposé de passer un peu de temps avec eux. "Vont-ils nous demander quelque chose à la fin ? Font-ils ça par intérêt ?" Sans doute une déformation de voyageur après avoir essuyé un paquet d'arnaques, et aussi après avoir visité la maison d'un moine à Yangon, qui vivait dans une opulence plutôt suspecte (grande maison, jolis meubles et personnel  de maison... bizarre pour une religion qui prône le dénuement et la mendicité...).

Et bien ce coup-ci non, rien de tout cela, juste une après midi inoubliable avec 2 garçons très sympas, joyeux et fiers de nous expliquer leur culture et leur religion. On a adoré passer du temps avec eux, et je pense que ça a été réciproque. A l'heure de se quitter, échange d'e-mail (voeux de pauvreté certes, mais dans les préceptes du bouddhisme 2.0), et ces phrases qui nous ont touchées :
 - "On a passé une bonne journée avec vous, on ne vous oubliera jamais" nous ont-ils dit
 - "Merci les gars, c'était vraiment sympa".
 - "Pourquoi merci? On n'a pas besoin de se dire merci maintenant qu'on est amis."




Les Moustache Brothers

"L'autre jour, j'avais une rage de dents terrible, je ne pouvais plus manger, je n'arrivais plus à dormir. Alors j'ai fini par traverser la frontière et j'ai fini par trouver un dentiste en Thailande. Celui-ci m'a demandé :
 - d'où venez-vous ?
 - Je viens du Myanmar
 - Mais vous n'avez pas de dentistes chez vous ?
 - Si, mais dans mon pays, personne n'a le droit d'ouvrir la bouche."



C'est sur cette blague que commence le show des Moustache Brothers, troupe de "A'Nyeint" (un genre de théâtre birman, entre stand-up et folklore traditionnel).

Par-Par Lay et sa troupe familiale se produisent depuis plus de 30 ans en Birmanie. Ils sont célèbres dans tout le pays, mais leur liberté d'expression et leurs railleries à l'égard du régime leur ont valu de nombreux ennuis avec les autorités. Plusieurs fois censurés, arrêtés, emprisonnés, battus et même contraints à 5 ans de travaux forcés pour le leader, ils n'ont jamais cessé de se produire, même quand ils ont été interdits de jouer devant des spectateurs birmans depuis 2005. Ils jouent donc maintenant exclusivement en anglais, pour les touristes, au rez de chaussée de leur maison reconverti en une minuscule salle de théâtre, tapissée de marionnettes traditionnelles et de photos d'Aung San Suu Kyi (ce qui peut être puni ici).




A quoi ça ressemble un spectacle des Moustache Brothers ? Une suite un peu fouillie de sketch et de démonstrations de danse, c'est drôle, hyper subversif, touchant, avec une liberté de ton étonnamment libre dans un pays où la liberté d'expression n'est qu'on concept lointain.

C'est le plus jeune des frères, Lu Maw, qui tappe quand même 64 ans, qui mène la revue. C'est en effet le seul qui parle l'anglais.Entre 2 blagues sur le mariage pharaonique de la fille du N°1 du régime, il nous passe des vidéos montrant témoignages et exactions commises par la junte.

C'est à la fois drôle et surprenant, quand on prend conscience des risques que cette troupe prend en conservant une telle liberté de ton.

Toujours en riant, il invite son grand frère Par Par Lay, plusieurs fois emprisonné, à poser devant nos appareils photos, menottes aux points, sourire aux lèvres.

Ce type là a fait 5 ans de travaux forcés pour avoir fait la boutade suivante lors d'une fête organisée chez Aung San Suu Kyi : "Autrefois, on appelait les voleurs des voleurs, aujourd'hui, on les appelle des membres de parti." Initialement condamné à 7 ans de travaux forcés, sa peine a été réduite à 5 ans grâce notamment à la pression d'amnesty International. "Grâce à ça on est plus ou moins intouchables maintenant" nous explique le frangin anglophone.


Mais les Moustache Brothers ce sont aussi de vrais artistes folkloriques birmans, qui nous présentent des danses traditionnelles, avec musique et costumes.






"Si vous visitez le Myanmar, surtout ne touchez à rien, ne volez pas les antiquités et ne dégradez pas notre patrimoine culturel.... le gouvernement déteste la concurrence !" Conclut Lu Maw dans un grand éclat de rire.




Du vrai humour comme on aime, qui fait réfléchir.