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lundi 12 septembre 2011

Au Sud-Est de la Birmanie

Après quelques jours passés dans la capitale, nous partons vers le Sud-Est du pays, dont une partie est purement interdite aux touristes pour "raisons de sécurité". Apparemment ça castagne dans la zone frontalière avec la Thaïlande, ou alors on ne veut tout simplement pas que les touristes tombent sur des coins pas super clean niveau droits de l'homme, ça ferait désordre.

Bref, nous arrivons à quelques centaines de km de Yangon dans un coin très sympa, malgré l'humidité ambiante en cette saison des pluies. C'est très rural, il y a toujours des temples magnifiques partout, et quelques attractions pour nous épater les yeux.
















La star du coin se trouve à Kyaikhtiyo.  Les birmans ont le chic pour trouver des noms imprononçables pour nous... en fait on dit un truc du genre "tjaktjo".

A Kyaikhtiyo donc se trouve le célèbre "rocher sacré", lieu de pèlerinage pour les bouddhistes. La légende veut que Bouddha, de passage dans le coin, donna quelques-uns de ses cheveux à un ermite, qui les conserva précieusement avant de les confier au roi. Le roi, qui avait hérité de pouvoirs surnaturels, devait en échange du précieux don trouver une pierre ressemblant à la tête du moine ermite, afin de dresser un temple pour conserver la relique. Le roi s'exécuta, et alla chercher un énorme rocher au fond de la mer, qu'il posa au sommet d'une montagne, sans aucun souci bien entendu. Le rocher fut posé en un équilibre si parfait que le seul poids des cheveux de Bouddha, suffit à empêcher la pierre de basculer...

De visu c'est effectivement impressionnant, car le caillou ne repose que sur une toute petite surface de contact, mais cela ne se voit pas bien sur les photos.










Le site en lui-même est assez impressionnant, et domine les vallées alentours. Nous étions en période calme, mais quelques pèlerins (et quelque touristes aussi) étaient présents pour admirer le rocher, et le toucher, ou lui apposer une feuille d'or pour s'attirer chance et prospérité. Seul petit souci qui nous a bien étonnés, et qui a agacé mon autre hémisphère : il est interdit aux femmes d'approcher la pierre !


Par contre les militaires étaient de la partie. Devant le rocher je me suis retourné après avoir entendu un gros "klong" métallique derrière moi. C'était un groupe de soldats venus se recueillir devant le rocher, dont un avait posé son bazooka un peu trop fort sur le marbre...

Plusieurs locaux nous ont confirmé que les femmes n'étaient pas censées être traitées différemment des hommes selon les préceptes du bouddhisme, mais que les mœurs birmanes en matière de sexisme étaient encore bien présentes.

Etape suivante : la petite ville de Hpa-An, un petit bout de campagne et de tranquillité qui nous a bien plu. L'occasion de louer une moto pour aller visiter les alentours, riches en vestiges et en paysages insolites.












 Celui_là c'est mon préféré, un monastère posé sur une île au milieu d'un lac, avec au milieu un rocher complètement improbable, au sommet duquel a été posé l'inévitable stupa
 



Notre tour dans le Sud-Est se terminera par la visite de Bago, qui une fois encore est une ville riche en patrimoine culturel.





Petite originalité, un monastère dédié à un serpent sacré, qui a parait-il 121 ans... Le serpent serait la réincarnation de la mère d'un moine célèbre, qui, ayant reconnu sa défunte maman dans le reptile, aurait pris l'animal sous sa protection au sein du monastère. La bête fait quand même 3 ou 4 m de long, et mange une dizaine de poulets une fois tous les 2 mois environ.







A Bago,  on trouve un très grand monastère, qui héberge plus de 400 moines. L'occasion pour nous d'en apprendre un peu plus sur les traditions du bouddhisme avec notre guide (cf. l'article suivant).







Et puis ce fut la découverte d'un sport génial, le "cane-ball", ou chinlon (qu'on appelle takraw en Thailande je crois). Le but du jeu est de jongler avec une balle en osier tressé, et de passer la balle aux voisins sans jamais la faire tomber, et en utilisant les figures les plus variées possibles.



Evidemment j'étais super nul comparé aux experts birmans, mais on s'est quand même bien marrés.

mardi 6 septembre 2011

"Hello, where you from?"

Cette phrase on l'entend au moins 20 fois par jour au Myanmar. C'est le plus souvent un moyen pour les birmans de nouer le contact, car ils semblent contents de rencontrer des étrangers et d'échanger quelques mots avec eux  en anglais. Après, au bout de quelques jours, on s'est quand même demandés si cela ne pouvait pas dans certains contribuer au léger flicage que subissent tous les touristes de passage au Myanmar. Il est vrai que les demandes de passeport sont systématiques dans les hôtels et transports, et qu'on a de temps en temps l'impression que notre itinéraire est une information très intéressante pour les locaux.

Toutefois, la plupart du temps les questions des gens qu'on rencontre ne sont qu'un simple moyen de nous aborder. Et puis parfois, ce simple contact se transforme en un vrai échange très intéressant qui nous en apprend beaucoup sur la culture locale, la mentalité des gens et plus rarement encore sur le régime de dictature qui règne ici. C'est ainsi que lors de notre visite de Shwedagon Paya, la grande pagode de Yangon, un jeune homme nous a abordé avec les questions classiques (where do you come from? What's your name ? How long in Myanmar ?...) avant de s'asseoir à côté de nous pour nous lancer un plus direct : "Can I talk with you?".

Cet étudiant en droit de 24 ans nous a ainsi parlé pendant un bon moment de ses études, de sa vie ici et de ses ambitions :
"En fait, je voudrais me spécialiser en droit international pour défendre les droits de l'homme dans mon pays, il y a fort à faire ici."
"Au Myanmar c'est très difficile d'exercer le métier d'avocat de façon intègre, le gouvernement fait pression quand on sort du rang, et est même allé jusqu'à emprisonner et exécuter des avocats par le passé".

Léger flottement de notre côté, on ne s'attendait pas à ce que les locaux s'expriment si ouvertement sur ces sujets dans un lieu public super fréquenté comme celui-là. Après de brefs regards autour de nous, personne n'a l'air de tendre l'oreille, nous continuons à discuter comme le font souvent les touristes avec les jeunes birmans ici.

S'ensuit une bonne demi-heure d'échanges avec ce garçon très sympa, intelligent et apparemment déterminé à accomplir la lourde et dangereuse vocation qui lui tient à coeur. Politique étrangère, actualités internationale, droits de l'homme en Birmanie et dans le monde, il nous semble très bien informé, "grâce à un ami allemand qui m'apporte régulièrement des livres et des journaux qu'on ne trouve que très difficilement ici".

Pour une première rencontre dans ce pays, voilà qui est intéressant.

Arrivée en Birmanie

Yangon, le Myanmar, dire qu'on l'attendait cette étape est un euphémisme, tant les échos qu'on avait eus de ce pays étaient dithyrambiques. "Vous verez, ce sera la plus belle des escales, les plus belles rencontres et les plus inoubliables souvenirs..." nous avaient dit la plupart des voyageurs croisés sur notre route.

Arrivés à Yangon après une courte escale en Thailande, va-t-on tomber à notre tour sous le charme de la Birmanie "the golden land" ?

Alors bon, nous sommes arrivés sous des trombes d'eau ("c'est la saison des pluies madame Chombier, c'est normal qu'il flotte! ") tard le soir. Après avoir filé dans la première guesthouse trouvée (rustique), nous nous couchons impatients de nous frotter avec ce pays.

Le lendemain matin, la pluie a cessé, et nous descendons pour prendre le petit déjeuner dans une des gargottes de rues, avec leurs inévitables mobilier pour nains de jardin. Au menu, un genre de thé au lait super sucré, et une soupe de nouille au poisson.
Premières observations et premiers étonnements : "Qu'est ce que c'est que ce pays où les hommes portent des juppes longues, les femmes et les enfants sont peints en jaune et tout le monde crache du sang par terre ?"





Petite explication. En Birmanie, l'immense majorité des hommes porte le sarong, qu'on appelle ici "longyi". C'est en fait très pratique et très agréable à porter quand on sait bien le nouer (autrement gare au ridicule s'il tombe sur les chevilles en pleine rue). Je devance vos questions : oui je m'en suis acheté un, et non vous ne verrez pas de photos prouvant que je l'ai bien porté...

Pour la peinture sur la peau des femmes et des enfants, c'est en fait un produit de beauté qui fait aussi office de protection solaire et de répulsif pour les moustiques. Cela s'appelle du tanakah, et ça s'obtient en frottant le bois du même nom sur une pierre avec un peu d'eau.

Pour le crachat rouge, c'est en fait une tradition là aussi vivace chez les birmans, qui chiquent souvent une mixture à base de noix de betel, de pate de calcaire, et de tabac. On trouve ça aussi en Inde, sauf qu'ici tout le monde se fait son petit mélange perso au lieu d'acheter son petit sachet industriel. L'effet secondaire c'est qu'à la longue ça a l'air de leur pourrir les dents cette affaire là...

Un autre aspect qui nous frappe aussi c'est la diversité des cultures et des métissages ici. Chinois, indiens, thais, le Myanmar a des frontières avec beaucoup de pays, et la capitale a manifestement été le lieu de beaucoup d'échanges et de migrations par le passé, et ça continue dans une certaine mesure encore maintenant.

Et puis il y a des moines et des nonnes partout. La religion tient une place très importante dans le pays, et ça se voit dans les innombrables pagodes, temples, monuments et monastères du pays. C'est bien simple, il y aurait près d'un million de moines ici, soit près de 2% de la population. Et comme le bouddhiste est pragmatique, il est facile de différencier hommes et femmes malgré la boule à zéro, et même de dos : une tenue couleur orange / brun pour les garçons, et un joli rose pastel pour les filles.



Que dire de ce premier contact avec le Myanmar? Même si le pays a l'air très pauvre et franchement en retard par rapport aux voisins, c'est finalement moins sous développé et moins coupé du monde qu'on ne l'avait imaginé. Les malls et les buldings modernes poussent en ville, les cybers cafés s'implantent partout, même si la censure veille (ce qui explique l'absence d'articles sur le blog depuis un mois). Les locaux sont très bien informés sur l'actualité internationale, depuis les déboires de l'ex-président du FMI jusqu'à la grossesse de Madame Sarkozy, en passant par les résultats de la champions league, qui passionne beaucoup de monde ici. Après, pour un birman, sortir du pays pour visiter d'autres contrées est un rêve inaccessible, comme dans beaucoup d'endroits finalement.

Passons à la ville maintenant. Yangon est une capitale un peu crasseuse, pas particulièrement belle, mais avec un certain charme. Entre bâtiments coloniaux décrépis, ruelles animées et pagodes recouvertes d'or, le plaisir des yeux est assuré.









Des pagodes et monastères partout, avec souvent des reliques de Bouddha (cheveux, os ou dents), et évidemment des centaines de statues le représentant, de la plus petite à l'immense mesurant plusieurs dizaines de mètres :










Et puis il y a Shwedagon Paya, le temple le plus célèbre de Birmanie, qui trône au milieu de la ville. Magnifique, surtout de nuit, cette pagode attire de nombreux touristes mais surtout des centaines de locaux venus prier et se recueillir devant la pointe de la stupa, perchée à 100 m du sol, qui hébergerait quelques cheveux du dernier Bouddha. C'est vraiment un très bel endroit, avec une atmosphère particulièrement sereine.